Extrait du Monde Diplomatique du mois de septembre pour encourager les tenants de la liberté d'expression et d'information à soutenir et à acheter les journaux papiers, militants, qui seuls permettent que journalisme ne se résume pas définitivement à la vision du monde de Jean-Pierre Pernault.


---------


« Imaginez, lance l’universitaire américain Robert McChesney, que le gouvernement prenne un décret exigeant une réduction brutale de la place accordée aux affaires internationales dans la presse, qu’il impose la fermeture des bureaux de correspondants locaux, ou la réduction sévère de leurs effectifs et de leurs budgets. Imaginez que le chef de l’Etat donne l’ordre aux médias de concentrer leur attention sur les célébrités et les broutilles plutôt que d’enquêter sur les scandales associés au pouvoir exécutif. Dans une telle hypothèse, les professeurs de journalisme auraient déclenché des grèves de la faim, des universités entières auraient fermé à cause des protestations. Pourtant, quand ce sont des intérêts privés en position de quasi-monopole qui décident à peu près la même chose, on n’enregistre pas de réaction notable. »


McChesney prolonge son exercice d’écologie mentale en posant la question suivante : puisque la démocratie est sans cesse invoquée, quand avons-nous au juste collectivement décidé — à quelle occasion ? lors de quel scrutin majeur ? — qu’une poignée de très grandes entreprises, financées par de la vente de publicité et prioritairement soucieuses de dégager un profit maximum, seraient les principaux artisans de notre information ?

 

Lien vers l'article



TF1, temps de cerveau disponible


Aujourd'hui donc, plutôt que de faire le tour des blogs, filez donc acheter ou soutenez financièrement le Monde Diplomatique, le plan B, Siné HebdoCQFD, Fakir, le Canard Enchaîné, Politis, Backchich, la Décroissance, Casseurs de pub, et plus généralement tous les journaux, groupes, associations et médias alternatifs qui ne sont pas tenus en laisse par Dassault, Bouygues, Bolloré et consors.

Vous aurez alors plus oeuvré pour changer les choses qu'en passant 2 heures à pondre un billet poussif sur les énièmes frasques du nain à talonnettes sur un obscur blog lu par quelques aficionados acquis à la cause.

Faites passer le message !


Vous n'arrivez pas à trouver un kiosque qui distribue ces précieux journaux ?
Trouver la presse



- Communauté : Tel est le monde ! - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

L'expérience de Milgram est une expérience de psychologie réalisée entre 1960 et 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram. Cette expérience cherchait à évaluer le degré d'obéissance d'un individu devant une autorité qu'il juge légitime et à analyser le processus de soumission à l'autorité; notamment quand elle induit des actions qui posent des problèmes de conscience au sujet.


L'objectif réel de l'expérience est de mesurer le niveau d'obéissance à un ordre même contraire à la morale de celui qui l'exécute. Des sujets acceptent de participer, sous l'autorité d'une personne supposée compétente, à une expérience d'apprentissage où il leur sera demandé d'appliquer des traitements cruels (décharges électriques) à des tiers sans autre raison que de « vérifier les capacités d'apprentissage ».



Voici un extrait du film "I... comme Icare", adaptation cinématographique de l'expérience de Milgram.







- Communauté : FORUM - LIBRE EXPRESSION - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
par Isabelle Saint-Saëns - http://www.vacarme.org/article44.html


Avant propos

Le 17 octobre 61, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement contre le couvre-feu instauré le 5 octobre par le préfet de police, Maurice Papon. 30.000 manifestants face à 7000 policiers, 12.000 arrestations, 3 morts selon le bilan officiel, plus de 300 selon le FLN. Plusieurs dizaines selon les rapports demandés par le gouvernement à la fin des années 90 : les missions Mandelkern (98) et Géronimi (99), ayant eu accès aux documents officiels, n’ont pu que constater qu’un nombre très important en avait disparu.


Le gouvernement gaulliste mène une stratégie d’étouffement. C’est par le silence que Papon répond aux questions de Claude Bourdet à la séance du Conseil de Paris du 27 octobre 61. Roger Frey, ministre de l’intérieur et futur président du Conseil Constitutionnel, rejette une demande de commission d’enquête parlementaire, au motif que des informations judiciaires (toutes clôturées par des ordonnances de non-lieu) sont en cours. Les témoignages rassemblés par les éditions Maspero sont saisis chez le brocheur, avant le dépôt légal : ces livres n’existent tout simplement pas. Vérité-Liberté, Les Temps Modernes et Partisans sont saisis. Les projections d’Octobre à Paris de Jacques Panijel sont interdites ; un film réalisé par la Radio-Télévision Belge est déprogrammé, les pellicules disparaissent. La presse communiste (Libération et L’Humanité) fait état des violences policières, mais renonce à publier in extenso des témoignages, pour éviter la saisie. Le Monde et Le Figaro s’indignent des « violences à froid sur les manifestants arrêtés », mais « comprennent les brutalités policières à chaud ».

Quelques mois plus tard, le 8 février 62, neuf morts au métro Charonne lors d’une manifestation contre les attentats de l’OAS. Français ni musulmans ni d’Algérie, pour la plupart communistes et syndiqués, ils seront enterrés par près d’un demi-million de personnes. Sans doute auraient-ils été qualifiés d’« innocents » par ce Monsieur Barre qui eut Papon comme ministre du budget. Seul le représentant de la CFTC évoquera à l’enterrement les morts anonymes d’octobre.

Pendant deux décennies ce sont les témoins, directs ou indirects, qui insisteront : Pierre Vidal-Naquet en 72 (La torture dans la République), Georges Mattei, membre des réseaux de soutien au FLN, l’un des rares Français auxquels la Fédération de France du FLN avait demandé d’être présents sur le parcours de la manifestation, qui réalise (avec Jean-Louis Péninou) un dossier dans Libération (le 17 octobre 80 puis le 17 octobre 81). Au milieu des années 80, avec l’échec de l’intégration à la SOS-Racisme, les jeunes issus de l’immigration questionnent leurs parents : s’en fait l’écho le dialogue entre Mohamed Hocine, fondateur du Comité contre la double peine, et son père, filmé dans Douce France, la saga du mouvement beur. En 91, de jeunes militants (Anne Tristan, Agnès Denis, Mehdi Lallaoui et le collectif Au nom de la mémoire) écrivent un livre puis réalisent un film, Le silence du fleuve. La même année paraît le premier ouvrage historique, La bataille de Paris de Jean-Luc Einaudi : n’étant pas historien « professionnel » il lui faudra attendre 99 pour obtenir l’accès à certaines archives. Sur la décolonisation sous la IVe république, on attend les documents historiques d’envergure : combien d’universités françaises possèdent une chaire d’histoire de la colonisation et de la décolonisation ?

Les massacres d’octobre 61, comme ceux de l’ère coloniale récente (de Sétif et Madagascar à Ouvéa), sont des crimes qui ne sont pas nommés, pas plus que ne le sont leurs victimes, ceux que l’on désigne sous le sigle FMA (« Français Musulmans d’Algérie ») ou plus couramment comme crouilles, ratons, melons, bicots, parqués dans les bidonvilles ou dans des quartiers intra-muros quadrillés en permanence. Depuis le début de cette guerre sans nom maquillée en « pacification » et « opérations de maintien de l’ordre », les gouvernements successifs (de la SFIO de Mollet et Mitterrand aux gaullistes) entretiennent le racisme policier, militaire et civil. Ratonnades, tortures, noyades, fusillades, pendaisons : ce qui se passe en cette fin d’octobre 61 se produit en Algérie et en métropole depuis 54. « Le 17 est un moment, un moment seulement, dans un temps où nous étions toujours niés » disent les Algériens interrogés trente ans plus tard par Anne Tristan. En Algérie, c’est le quotidien. Un état de droit en France cohabite avec un état d’exception dans les colonies, qui s’applique aussi en métropole à ces « citoyens de l’Union » qui sont moins citoyens que les autres ; et ce consensus républicain a besoin pour fonctionner de désigner un objet de peur et de rejet : « Consentir, dit Jacques Rancière, c’est d’abord sentir ensemble ce qu’on ne peut pas sentir ».

Comme ceux qui, en ce moment, en s’appelant « sans papiers », mettent à mal l’identification entre clandestins et suspects, les Algériens de 61, en manifestant dans les rues de Paris, revendiquent une visibilité qui leur est interdite.

-----------------------


OCTOBRE 61

Je me souviens des drapeaux algériens
Dans le maquis luttant contre l’occupant.
Je me souviens, à Alger, à Oran
Les résistants abattus comme des chiens.
Les hommes de l’ombre criaient indépendance.
Les femmes de l’ombre criaient indépendance.

Octobre 61
Octobre rouge, Octobre noir.

Je me souviens, il pleuvait sur Paris.
Des visages durcis marchaient pour l’Algérie.
Qui a vu les corps flotter dans la Seine ?
Nuit des longs couteaux, vive le FLN !
Ils ont lâché leurs chiens, charognes !
Martyrs algériens, Charonne !

 - Brigada Flores Magon -

- Communauté : Ca et là - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Publié dans : Ventilator - Communauté : Non aux OGM ! - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Source de l'article


Un monde clos d’interconnaissance

Il y a d’abord les débats vraiment faux, qu’on reconnaît tout de suite comme tels. Quand vous voyez, à la télévision, Alain Minc et Attali, Alain Minc et Sorman, Ferry et Finkielkraut, Julliard et Imbert..., ce sont des compères. (Aux États-Unis, il y a des gens qui gagnent leur vie en allant de fac en fac faire des duos de ce type...). Ce sont des gens qui se connaissent, qui déjeunent ensemble, qui dînent ensemble. Lisez le journal de Jacques Julliard, L’Année des dupes, qui est paru au Seuil cette année], vous verrez comment ça marche. Par exemple, dans une émission de Guillaume Durand sur les élites que j’avais regardée de près, tous ces gens- là étaient présents. Il y avait Attali, Sarkozy, Minc... À un moment donné, Attali, parlant à Sarkozy, a dit : « Nicolas... Sarkozy ». Il y a eu un silence entre le prénom et le nom : s’il s’était arrêté au prénom, on aurait vu qu’ils étaient compères, qu’ils se connaissaient intimement, alors qu’ils sont, apparemment, de deux partis opposés. Il y avait là un petit signe de connivence qui pouvait passer inaperçu.

 

En fait, l’univers des invités permanents est un monde clos d’inter-connaissance, qui fonctionne dans une logique d’auto-renforcement permanent. (Le débat entre Serge July et Philippe Alexandre chez Christine Ockrent, ou sa parodie par les Guignols, qui en est le condensé, est, de ce point de vue, exemplaire). Ce sont des gens qui s’opposent mais de manière tellement convenue... Par exemple, Julliard et Imbert sont censés représenter la gauche et la droite. A propos de quelqu’un qui parle à tort et à travers, les Kabyles disent «  il m’a mis l’est en ouest ». Ce sont des gens qui vous mettent la droite en gauche. Est-ce que le public est conscient de cette complicité ? Ce n’est pas sûr. Disons peut-être. Ça se manifeste sous la forme d’un refus global de Paris, que la critique fasciste du parisianisme essaie de récupérer et qui s’est exprimé, maintes fois, à l’occasion des événements de novembre-décembre 1995 : « Tout ça, ce sont des histoires de Parisiens ». Ils sentent bien qu’il y a quelque chose, mais ils ne voient pas à quel point ce monde est clos, fermé sur lui- même, donc fermé à leurs problèmes, à leur existence même.

 

Il y a aussi des débats apparemment vrais, faussement vrais. Je vais en analyser un rapidement : j’ai choisi le débat organisé par Cavada pendant les grèves de novembre-décembre 1995 parce qu’il a toutes les apparences du débat démocratique, et pour pouvoir raisonner a fortiori. Or, quand on regarde ce qui s’est passé lors de ce débat (je vais procéder comme j’ai fait jusqu’à présent, en allant du plus visible au plus caché), on voit une série d’opérations de censure.

 

Premier niveau : le rôle du présentateur.


C’est ce qui frappe toujours les spectateurs. Ils voient bien que le présentateur fait des interventions contraignantes. C’est lui qui impose le sujet, qui impose la problématique (souvent si absurde, comme dans le débat de Durand : « Faut-il brûler les élites ? » , que toutes les réponses, oui ou non, le sont également). Il impose le respect de la règle du jeu. Règle du jeu à géométrie variable : elle n’est pas la même quand il s’agit d’un syndicaliste ou quand il s’agit de M. Peyreffite de l’Académie française. Il distribue la parole, il distribue les signes d’importance. Certains sociologues se sont essayés à dégager l’implicite non verbal de la communication verbale : nous disons autant par les regards, par les silences, par les gestes, par les mimiques, les mouvements des yeux etc., que par la parole elle-même. Et aussi par l’intonation, par toutes sortes de choses. On livre donc énormément plus qu’on ne peut contrôler (cela devrait inquiéter les fanatiques du miroir de Narcisse). Il y a tellement de niveaux dans l’expression, ne serait-ce qu’au niveau de la parole proprement dite - si on contrôle le niveau phonologique, on ne contrôle pas le niveau syntaxique, et ainsi de suite - que personne, même le plus maître de lui-même, à moins de jouer un rôle ou de pratiquer la langue de bois, ne peut tout maîtriser.

 

Le présentateur lui-même intervient par le langage inconscient, sa manière de poser les questions, son ton : il dira aux uns, sur un ton cassant, « Veuillez répondre, vous n’avez pas répondu à ma question » ou « J’attends votre réponse. Est-ce que vous allez reprendre la grève ? ». Autre exemple très significatif, les différentes manières de dire « merci ». « Merci » peut signifier « Je vous remercie, je vous suis reconnaissant, j’accueille avec gratitude votre parole ». Mais il y a une manière de dire merci qui revient à congédier. « Merci » veut dire alors « Ça va, terminé. Passons au suivant ». Tout cela se manifeste de manière infinitésimale, dans des nuances infinitésimales du ton, mais l’interlocuteur encaisse, il encaisse la sémantique apparente et la sémantique cachée ; il encaisse les deux et il peut perdre ses moyens.

 

Le présentateur distribue les temps de parole, il distribue le ton de parole, respectueux ou dédaigneux, attentionné ou impatient. Par exemple, il y a une façon de faire « ouais, ouais, ouais... » qui presse, qui fait sentir à l’interlocuteur l’impatience ou l’indifférence... (Dans les entretiens que nous faisons, nous savons qu’il est très important de renvoyer aux gens des signes d’acquiescement, des signes d’intérêt, sinon ils se découragent et peu à peu la parole tombe : ils attendent de toutes petites choses, des « oui, oui », des hochements de tête, des petits signes d’intelligence comme on dit). Ces signes imperceptibles, le présentateur les manipule, de manière plus inconsciente, le plus souvent, que consciente. Par exemple, le respect des grandeurs culturelles, dans le cas d’un autodidacte un peu frotté de culture, va le porter à admirer les fausses grandeurs, les académiciens, les gens dotés des titres apparents au respect.

 

Autre stratégie du présentateur : il manipule l’urgence. Il se sert du temps, de l’urgence, de l’horloge, pour couper la parole, pour presser, pour interrompre. Et là, il a un autre recours, comme tous les présentateurs, il se fait le porte-parole du public : « Je vous interromps, je ne comprends pas ce que vous voulez dire ». Il ne laisse pas entendre qu’il est idiot, il laisse entendre que le spectateur de base, qui par définition est idiot, ne comprendra pas. Et qu’il se fait le porte- parole des « imbéciles » pour interrompre un discours intelligent. En fait, comme j’ai pu le vérifier, les gens dont il s’autorise pour jouer ce rôle de censeur, sont souvent les plus exaspérés par les coupures.

 

Le résultat, c’est que, tout compte fait, sur une émission de deux heures, le représentant de la CGT a eu exactement cinq minutes, tout compris, tout compté, en additionnant toutes les interventions (or, tout le monde sait que s’il n’y avait pas eu la CGT il n’y aurait pas eu de grève, donc pas d’émission, etc.). Alors qu’apparemment, et c’est pourquoi l’émission de Cavada était significative, tous les dehors de l’égalité formelle étaient respectés.

 

Ce qui pose un problème tout à fait important du point de vue de la démocratie : il est évident que tous les locuteurs ne sont pas égaux sur le plateau. Vous avez des professionnels du plateau, des professionnels de la parole et du plateau, et en face d’eux des amateurs (ça peut être des grévistes qui, autour d’un feu de bois, vont...), c’est d’une inégalité extraordinaire. Et pour rétablir un tout petit peu d’égalité, il faudrait que le présentateur soit inégal, c’est-à-dire qu’il assiste les plus démunis relativement, comme nous l’avons fait dans notre travail d’enquête pour La Misère du monde. Quand on veut que quelqu’un qui n’est pas un professionnel de la parole parvienne à dire des choses (et souvent il dit alors des choses tout à fait extraordinaires que les gens qui ont la parole à longueur de temps ne sauraient même pas penser), il faut faire un travail d’assistance à la parole. Pour ennoblir ce que je viens de dire, je dirai que c’est la mission socratique dans toute sa splendeur. Il s’agit de se mettre au service de quelqu’un dont la parole est importante, dont on veut savoir ce qu’il a à dire, ce qu’il pense, en l’aidant à en accoucher. Or, ce n’est pas du tout ce que font les présentateurs. Non seulement ils n’aident pas les défavorisés, mais, si l’on peut dire, ils les enfoncent. De trente-six façons, en ne leur donnant pas la parole au bon moment, en leur donnant la parole au moment où ils ne l’attendent plus, en manifestant leur impatience, etc.

 

Deuxième niveau : la composition du plateau et le « scénario » de l’émission


La composition du plateau est déterminante. C’est un travail invisible dont le plateau lui-même est le résultat. Par exemple, il y a tout un travail d’invitation préalable : il y a des gens que l’on ne songe pas à inviter ; des gens qu’on invite et qui refusent. Le plateau est là et le perçu cache le non-perçu : on ne voit pas, dans un perçu construit, les conditions sociales de construction. Donc, on ne se dit pas « Tiens, il n’y a pas un tel ».

 

Exemple de ce travail de manipulation (un exemple entre mille) : pendant les grèves de novembre-décembre 1995, il y a eu deux émissions successives du Cercle de minuit sur les intellectuels et les grèves. Il y avait deux camps, grosso modo, chez les intellectuels. À la première émission, les intellectuels défavorables à la grève paraissaient à droite - pour aller vite. Dans la deuxième émission (de rattrapage), on a changé la composition du plateau, en ajoutant des gens plus à droite et en faisant disparaître les gens favorables à la grève. Ce qui fait que les gens qui dans la première émission étaient à droite paraissaient à gauche. Droite et gauche, c’est relatif, par définition. Donc, dans ce cas, un changement de la composition du plateau donne un changement du sens du message.

 

La composition du plateau est importante parce qu’elle doit donner l’image d’un équilibre démocratique (la limite, c’est le « Face à face » : « Monsieur, vous avez consommé vos trente secondes... »). On ostente l’égalité et le présentateur se donne comme un arbitre. Sur le plateau de l’émission de Cavada, il y avait deux catégories de gens : il y avait des acteurs engagés, des protagonistes, les grévistes ; et puis il y en avait d’autres, qui étaient aussi des protagonistes, mais qui étaient mis en position d’observateurs. Il y avait des gens qui étaient là pour s’expliquer (« Pourquoi faites-vous cela, pourquoi embêtez-vous les usagers ?, etc. ») et d’autres qui étaient là pour expliquer, pour tenir un méta-discours.

 

Autre facteur invisible, et pourtant tout à fait déterminant : le dispositif préalablement monté, par des conversations préparatoires avec les participants pressentis, et qui peut conduire à une sorte de scénario, plus ou moins rigide, dans lequel les invités doivent se couler (la préparation, peut, en certains cas, comme dans certains jeux, prendre la forme d’une quasi-répétition). Dans ce scénario prévu à l’avance, il n’y a pratiquement pas de place pour l’improvisation, pour la parole libre, débridée, trop risquée, voire dangereuse pour le présentateur, et pour son émission.

 

Autre propriété invisible de cet espace, c’est la logique même du jeu de langage, comme dit le philosophe. Il y a des règles tacites de ce jeu qui va se jouer, chacun des univers sociaux où circule du discours ayant une structure telle que certaines choses peuvent se dire et d’autres non. Premier présupposé implicite de ce jeu de langage : le débat démocratique pensé selon le modèle du catch ; il faut qu’il y ait des affrontements, le bon, la brute... Et, en même temps, tous les coups ne sont pas permis. Il faut que les coups se coulent dans la logique du langage formel, savant.

Autres propriétés de l’espace : la complicité entre professionnels que j’ai évoquée tout à l’heure. Ceux que j’appelle les fast-thinkers, les spécialistes de la pensée jetable, les professionnels les appellent « les bons clients ». Ce sont des gens qu’on peut inviter, on sait qu’ils seront de bonne composition, qu’ils ne vont pas vous créer des difficultés, faire des histoires, et puis ils parlent d’abondance, sans problèmes. On a un univers de bons clients qui sont comme des poissons dans l’eau, et puis d’autres qui sont des poissons hors de l’eau.

 

Et puis, dernière chose invisible : l’inconscient des présentateurs. Il m’est arrivé très souvent, même en face de journalistes très bien disposés à mon égard, d’être obligé de commencer toutes mes réponses par une mise en question de la question. Les journalistes, avec leurs lunettes, leurs catégories de pensée, posent des questions qui n’ont rien à voir avec rien. Par exemple, sur les problèmes dits « des banlieues », ils ont dans la tête tous les fantasmes que j’ai évoqués tout à l’heure, et, avant de commencer à répondre, il faut dire poliment « votre question est sans doute intéressante, mais il me semble qu’il y en a une autre, plus importante... ». Quand on n’est pas un tout petit peu préparé, on répond à des questions qui ne se posent pas.


----------------------

Ce texte est paru en 1996 dans Sur la télévision de Pierre Bourdieu. Editions Raisons d'Agir
- Communauté : VUES DE GAUCHE - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Image prise sur l'instant où le petit protecteur des grandes fortunes vient de se rendre compte qu'il a sorti un grosse connerie.

Mais, bon, lorsqu'il faut attirer l'électeur, on n'est pas à une fausse promesse de plus ou de moins...





Publié dans : UMP - Communauté : Non aux OGM ! - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Publié dans : Musique - Communauté : Ca et là - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Deux personnalités indépendantes livrent une nanalyse d'une impertinence rare de la présidence Sarkozy.
Éloignez les enfants, c'est du lourd.





Ce sont des journalistes ? Nan, vous déconnez ?
Publié dans : Ventilator - Communauté : les anti-capitalistes - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander




- Communauté : CITOYENS EN LIBERTÉ - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

 

 

Un célèbre Président d’une Société d’Audit reçoit en cadeau un billet d’entrée pour une représentation de la Symphonie Inachevée de Franz Schubert. Ne pouvant s’y rendre, il passe l’invitation à son Directeur des Ressources Humaines à charge pour celui-ci de lui faire rapport sur la qualité du concert.

 


Et c’est ainsi que, le lendemain du concert, le Président trouve sur son bureau le rapport de son Directeur Des Ressources Humaines …

 

 

 


1 – Les joueurs de hautbois demeurent inactifs pendant des périodes considérables.
Il convient donc de réduire leur nombre et de répartir leur travail sur l’ensemble de la symphonie, de manière à réduire les pointes d’inactivité.

 


2 – Pour les mêmes raisons, les fonctions de joueurs de triangle, cymbales et autres percutions peuvent être avantageusement mutualisées en un seul poste, l’artiste ayant de plus la faculté d’utiliser non seulement ses deux bras mais également ses deux jambes.

 


3 - Les douze violons jouent tous des notes identiques.
Cette duplication excessive semblant inutile, il serait bon de réduire de manière drastique l’effectif de cette section de l’orchestre.
Si l’on doit produire un son de volume plus élevé, il serait possible de l’obtenir avec un amplificateur électronique.

 


4 – L’orchestre consacre un effort démesuré à la production de triples croches. Il semble que cela constitue un raffinement inutile et il est recommandé d’arrondir toutes les notes à la double croche la plus proche.
En procédant de la sorte, il devait être possible d’employer des stagiaires et des opérateurs peu qualifiés.

 


5 – La répétition par les cors du passage déjà exécuté par les cordes ne présente aucune nécessité.
Si tous les passages redondants de ce type étaient éliminés, il serait possible de réduire la durée du concert de deux heures à vingt minutes.

 


6 – En appliquant de façon concomitante ces recommandations, il est possible de réaliser un gain en effectif de 90%, soit sur les 82 personnes participant à cette manifestation n’en conserver que 8,2.
Afin d’économiser les coûts d’ouverture de la salle de concert, une salle de réunion avec des moyens de retransmission audiovisuels serait alors suffisante.
Le théâtre n’ayant plus d’utilité, peut être fermé et vendu pour permettre l’aboutissement d’un projet immobilier rationnel.

 


Et enfin, Monsieur le Président, voici l’essentiel :
La conclusion de ce rapport est que, de toute évidence, si le nommé Schubert avait pu prêter attention à ces remarques, il aurait été en mesure d’achever sa symphonie en temps opportun.

 

 

 

 

 

 

 


Publié dans : Paroles des uns et des autres - Communauté : Pour un monde meilleur - Par Contemplatif
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Rechercher

Présentation

Syndication

  • Flux RSS des articles

parole de Sarkozy !

"Je serai un président comme Louis de Funès dans le Grand restaurant : servile avec les puissants, ignoble avec les faibles. J’adore."

Exprimez-vous

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés